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Actualités

Franck Thilliez

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Franck Thilliez copyright Melania Avanzato 2016.4

© Melania Avanzato

Écrivain français né en 1973 à Annecy, Franck Thilliez est avant tout un esprit curieux, versé dans des domaines aussi divers que l’intelligence artificielle ou la médecine. Reconnu pour la qualité de ses thrillers, il excelle également en tant que scénariste. Déjà venu, au début de sa carrière de romancier à la Fête du Livre de Saint-Étienne, Franck Thilliez est heureux de retrouver une ville dont il comprend, ainsi qu’il le décrit dans l’entretien ci-dessous, l’âme, les desseins et les ambitions.

L’inventivité est l’un des axes majeurs de votre œuvre, déjà très conséquente (une vingtaine d’ouvrages ) : inventivité de l’écriture et des intrigues, des protagonistes qu’ils soient policiers ou criminels, et enfin ingéniosité de l’âme humaine quant à ses capacités de déni autant que de courage. Souhaitez vous que vos lecteurs soient à leur tour inventifs?

Franck Thilliez : Je crois que l’inventivité doit être le moteur de tout romancier, surtout dans le polar où il faut se renouveler sans cesse pour surprendre les lecteurs et faire différent du voisin. Ceux qui ouvrent un roman policier ou à suspense veulent être surpris, retournés, transportés dans des univers inconnus. Un livre est une promesse, un voyage, une montagne russe, il doit réveiller les émotions et nous emmener loin de notre quotidien. En tant que « raconteur d’histoires », je me dois d’inventer en permanence, j’aime créer des décors, des personnages, j’aime les manipuler, les mettre en scène, un peu comme un réalisateur qui bâtit son film. C’est également en puisant dans des sujets qui m’intéressent que je garde cette passion intacte de l’écriture, même après vingt livres. Chaque création est pour moi une exploration, une découverte, à la manière d’un archéologue je cherche dans les livres, les films, la documentation mes futurs thèmes, c’est une étape fascinante dans le travail.

Quant aux lecteurs, je pense en permanence à eux, surtout dans la phase d’écriture. J’essaie d’anticiper leurs réactions : qu’attendent-ils à tel moment de l’histoire ? Un rebondissement ? Une révélation ? Ont-ils besoin de souffler ? J’aime que mes romans soient une histoire qui se vit, se respire, aussi, elles demandent une attention particulière du lecteur. Pour moi, il doit être actif, participer à l’enquête, voir à travers les yeux des personnages. Il doit être immergé dans l’encre des mots. L’expérience n’en est que plus forte.

 

Vous êtes l’un des rares auteurs à ne pas vous arrêter à l’enveloppe corporelle. Dans tous vos livres tout ce qui constitue un corps humain mort ou vivant existe de manière puissante et prend la place que nous ne lui accordons pas (ou plus). Considérez-vous cela comme essentiel?

F.T : Les romans policiers ont tous un point commun : ils partent tous d’un dysfonctionnement, d’un grain de sable qui va enrayer la machine et faire dévier les personnages de leur trajectoire. Ce dysfonctionnement peut être politique, sociétal, historique, scientifique ou psychologique. Ce sont ces deux derniers axes qui m’intéressent le plus. Que se passe-t-il, en nous, dans un recoin de notre cerveau, pour qu’à un moment donné, on bascule du mauvais côté ? Quelle mécanique se met en branle au fond de nos cellules pour qu’un individu en vienne à commettre l’irréparable ? Ces questionnements me poussent à m’intéresser à des sujets tels que la mémoire, l’ADN, la psychiatrie, les organes. Ayant une formation scientifique (je suis ingénieur en informatique), je me passionne pour ces sujets qui m’ont toujours interpellés. Que sommes-nous sans souvenirs ? Que ressentent les jumeaux ? Héritons-nous de la violence de nos ancêtres, ou nous pénètre-t-elle à travers notre éducation et la société contemporaine ? Mon métier de romancier  a ceci de génial qu’il me laisse du temps pour creuser ces sujets et assouvir cette envie de comprendre qui nous sommes, et d’où nous venons.

Il faut ensuite trouver le moyen de transmettre ces connaissances, sans que le lecteur ait l’impression de lire un ouvrage scientifique ou une thèse. C’est là qu’interviennent les personnages : ils sont les vecteurs de la connaissance. Par les situations qu’ils vont vivre, leur engagement, leurs propres questionnements, ils vont me permettre de passer les informations souhaitées et enrichir mon histoire, en privilégiant le rythme, le suspense, mais sans oublier cette partie de connaissance que je souhaite partager.

Luc Brahy Syndrome E

Très scrupuleux pour ce qui concerne les détails, les objets, les lieux, vous êtes féru d’art et de sciences. Saint-Étienne, ville de l’objet, berceau de manufactures et amoureuse du savoir faire et du design est-elle une ville qui vous « parle »? Y êtes vous déjà venu? Qu’anticipez vous de ce séjour?

F.T : Je suis déjà venu à la Fête du livre, il y a très longtemps, cela doit remonter à mes débuts et je débarquais dans l’univers de la littérature. L’une de mes premières manifestations littéraires. Un moment intense, riche de rencontres et de belles émotions. J’ai senti, à ce moment-là, une ambiance que l’on peut retrouver ici, dans le bassin minier où je vis (j’habite à côté de Lens). Des lecteurs curieux, conviviaux, ouverts à la discussion et aux rencontres. Cela ne m’étonne pas vraiment, nous avons des racines communes. Je parlais d’ADN plus tôt, nous sommes marqués par le vécu des générations passées et l’histoire de notre région : les mines, les manufactures, le sport (Je ne suis pas foot, mais les verts de Saint-Étienne et les Sang et Or de Lens ont bercé mon enfance), et cette mémoire des anciens que nous voulons garder et transmettre. D’un autre côté, nous sommes des villes ouvertes, résolument tournées vers l’avenir et qui s’adaptent au monde d’aujourd’hui.

Ce séjour sera un magnifique moment de partage, de rencontres, ce sera la fête des mots, qu’ils soient écrits, parlés, ou juste suggérés. Par les livres, les histoires, la culture, nous voyagerons ensemble le temps d’un week-end, ne croisant pour frontière que celles de notre propre imagination.