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Franck Thilliez, la Pandémie en fiction

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Pandemia de Franck Thilliez

Extrait : « Aujourd’hui, si la jeune femme tombait malade ou soupçonnait le moindre début de rhume – ce qui arrivait plusieurs fois par an -, le couple vivait en quarantaine, ne se côtoyant que par vitres interposées et communiquant au moyens d’amplificateurs sonores. »

Le point de vue de la Fête du Livre de Saint-Etienne:

Franck Thilliez n’a jamais, depuis Conscience animale et jusqu’à Au delà de l’Horizon, divergé de ce qui le passionne : tramer une intrigue policière à partir d’une puissante documentation, scientifique, sociale et historique. Pour Pandemia, parution de 2015, l’auteur écrit dans sa postface qu’il est enfin descendu dans l’infinie ténuité des détails. Il nous invite à voyager en profondeur en sa compagnie : « le monde de l’infiniment petit est d’une complexité extrême, mais il est absolument fascinant». Le lecteur est amené à plonger dans une infra réalité qu’il ne discerne pas d’ordinaire.

En ces temps de confinement, où la lecture permet le voyage vers l’imaginaire, Pandemia offre de saisir autrement que par le flux de l’actualité, presque en parallèle à cette dernière, les prémisses puis le déferlement annoncé d’une propagation du virus de la grippe aviaire à l’échelle mondiale. Si le roman noir met en place une pandémie orchestrée, volontairement générée, on retrouve tous les éléments qui font aujourd’hui les titres de nos journaux : masques, protections, vitesses de propagation, moyens de confinement et bien entendu psychologie des personnages.

Le cygne noir Nassim Nicholas Tadeb

Au temps où la pandémie n’est plus une fiction, l’on est surpris par la précision avec laquelle l’auteur décrit, strate après strate, ce qui s’engage à l’échelle de l’humanité lorsque le virus occupe tout l’espace et distend le temps, remplaçant quasiment instantanément tout ce ce qui lui précédait. Il est minuscule, il est agressif, on ne sait comment répondre à ses attaques, il devient omnipotent et mondialisé. Comportements héroïques et recherche épidémiologique versus propagateurs sacrificiels et marchés opportunistes, Franck Thilliez analyse avec cinq années d’avance un monde aux prises avec un virus prêt à commettre des ravages.

Pour ce faire, le romancier déploie une réalité diversement masquée, rassemble des chasseurs de virus, des enquêteurs de police, des savants de l’Institut Pasteur. Trois cercles incarnent l’Enfer de Dante tandis que le darkweb propose une profondeur sauvage, criminelle. Le suspens est haletant et la documentation incroyablement riche.

A Saint-Etienne où l’auteur est attendu pour la prochaine édition de la Fête du Livre, comme partout dans un monde décéléré, on pourra confronter ses propres peurs et angoisses ainsi que sa vision subjective d’une situation qui nous dépasse et nous confine, en lisant Pandémia, un livre qui contextualise autant qu’il permet la catharsis, c’est-à-dire offre un épanchement salutaire aux innombrables questions que nous nous posons, auxquelles les tutos et les flux d’infos ne peuvent répondre.

On ajoutera à la virtuosité de l’ouvrage, le talent d’y placer des personnages attachants et vrais… vous et moi. Enfin, l’intrigue de Pandémia démarre sur une île aux oiseaux allemande, où les cygnes disposent d’un rôle stratégique. Si un cygne blanc apparaît sur la couverture du livre, on pourra en écho à ce roman noir très réussi relire avec grand intérêt Le Cygne noir, La puissance de l’imprévisible, de Nassim Taleb, aux éditions Les Belles Lettres, essai passionnant dans lequel l’auteur nous enjoignait à ne pas sous estimer les événements exceptionnels qui bouleversent profondément à la fois notre monde et nos habitudes. Nassim Taleb donnait pour exemple à sa théorie les attentats du 11 septembre, le krach de 1987, Katrina. Il pressentait une épidémie à l’échelle mondiale. C’était en 2007.

Et sinon, Pandémia, Est-ce que ça finit bien? Vous pouvez y aller, happy end!

Isabelle Rabineau