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Paola reporter à la Fête du Livre

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Paola Reporter a 20 ans. Sous ce nom de plume se cache une journaliste en herbe, Paola Levy, qui a souhaité découvrir Saint-Étienne par sa Fête du Livre.

Après en avoir étudié la programmation, elle a choisi ses propres axes d’investigation et s’est plongée dans la touffeur des chapiteaux.

Elle fait le récit ci-dessous de sa déambulation, des rencontres auxquelles elle a assisté et des auteurs croisés. Sans langue de bois, avec une certaine fraîcheur, voici le récit de Paola Reporter.

 

Le vendredi 18 octobre 2019, j’ai pris le train direction Saint-Étienne pour me rendre à la Fête du Livre. Après maints stratagèmes pour avoir un train un jour de grève, je suis arrivée à bon port. À la veille des premières conférences, représentations théâtrales et masterclass qui débutaient toutes le samedi, je préparais déjà mon reportage et réfléchissais à l’angle que je pourrais aborder. À la lecture du programme, je me suis vite rendue compte que beaucoup d’auteurs se penchaient sur des idées qui étaient propres à notre siècle. Entre catastrophe écologique, expression libre des femmes et nouvel urbanisme, la Fête du Livre regorgeait d’auteurs novateurs.

 

Couveture Ruedi BAUR Voyage entre les langues

Le designer Ruedi Baur expliquait lors de sa conférence à l’École d’Architecture de Saint-Étienne que dans un monde globalisé comme le nôtre, il faut trouver une façon de retrouver ses racines. Pour lui, inscrire à travers la ville des extraits de poésie en une multitude de langues différentes rapproche les communautés. Il a par exemple inscrit des poésies internationales sans traduction sur des bancs suisses. Les minorités se retrouvaient devant ces bancs et s’y posaient pour discuter entre eux. Cela les rapprochait aussi du reste de la communauté car ils prenaient plaisir à en traduire les inscriptions. Baur rapproche aussi les individus en traduisant la signalétique des villes en plusieurs langues : cela permettrait aux habitants de s’y sentir plus accueillis et de continuer de pratiquer leur langue natale. Il s’occupe actuellement de la signalétique des futures gares du Grand Paris et souhaiterait la traduire en cinq langues différentes : le Français, l’Anglais, l’Arabe, le Chinois et l’Espagnol. Son projet « Voyage entre les Langues » consistait à écrire un livre entier en des langues différentes sur les bâtiments suisses afin que tout le monde profite des différentes phrases calligraphiées.

Ruedi Baur après avoir expliqué ses projets novateurs a prononcé une phrase très vraie qui m’a beaucoup marquée : « Au XXIe siècle, il est impossible de se perdre ». Le soir même, j’allais à la soirée des auteurs à pieds. On m’avait recommandé de partir avec le groupe car le lieu est « très difficile à trouver si on ne connait pas ». J’ai pris le pari. Jeune de la Génération Y que je suis, j’ai sorti mon smartphone dès que j’ai posé les pieds hors de mon hôtel. Quelques secondes plus tard, je tapais l’adresse dans le clavier GoogleMaps. Je suis arrivée sur place avant le reste du groupe.

Tous ces progrès, bien qu’ils soient très utiles au quotidien, peuvent effrayer certains. C’est les cas des trois bédéistes collapsologues Jean-Christophe Chauzy (Le Reste du Monde), Ludovic Debeurme (Epiphania) et Anthony Pastor (No War). Leurs ouvrages dessinent un monde post apocalyptique. Tous montrent la force inégalable de la nature à travers des dessins de catastrophes naturelles qui s’opposent et des personnages comme vous et moi dans la détresse. Ces bandes dessinées montrent une révolte de notre planète fasse à l’humanité qui n’a pas su se poser de limites. Les bédéistes se disent « responsables en tant qu’auteurs » de faire passer le message. Ils le font à travers des couleurs chatoyantes ou des cases secouées, mêlant la fiction à notre monde réel.

 

COUV Aude MERMILLIOD Il fallait que je vous le dise

Après la masterclass des trois bédéistes, je ne faisais que penser à l’apocalypse et au futur de notre planète. Heureusement Aude Mermilliod et sa bande dessinée Il fallait que je vous le dise m’ont redonné espoir en une chose : la prise de parole des femmes au XXIe siècle. Aude témoigne de son avortement dans sa BD sans filtres, sans tabous et sans fard. Dans un monde où les médias nous font croire qu’être une femme veut dire être grande, fine et souriante. Aude dessine une histoire qui n’est pas faite que de paillettes et d’arc-en-ciel. Elle dessine une histoire pleine de sang, de corps poilus, ronds et ravissants. De pleurs, de rires et d’angoisses. Une histoire de femme comme il en existe partout mais dont on ne parle jamais. Elle met aussi en scène l’histoire du médecin Martin Wincker, qui s’est battu pour la légalisation de l’IVG et qui l’a pratiqué clandestinement. Il permet au lecteur d’avoir l’expérience et la vision d’un médecin et d’un homme sur le sujet, comme on en a rarement eu. L’avortement étant un sujet féminin, on oublie de se demander comment se sentent les hommes et ceux qui tiennent le spéculum.

Aude explique lors de la conférence des « Affranchies » qu’elle a fait cette BD dans plusieurs optiques. Bien sûr celle du témoignage, par désir de partager son histoire. Mais elle veut aussi montrer la réalité de cet acte à celle qui ne l’ont jamais subi et à ceux qui ne le subiront jamais.

La Fête du Livre de Saint-Étienne a été pour moi une source d’apprentissage sans pareil. C’est la première fois que je participais à un évènement de ce genre et cela m’a permis d’accéder aux discours d’auteurs qui content leurs sujets avec légèreté, facilité et parfois même avec humour. Notre attention est obligatoirement sollicitée par ces fins orateurs qui soulèvent des questions auxquelles on ne peut s’empêcher de réfléchir. La Fête du Livre regorge de culture et de pensées novatrices, qui sont accessibles à tout le monde. Je n’oublierai pas cette expérience et retournerais dans la ville des Verts avec joie.

Paola Levy

 

photo de couverture : Extrait de Voyages entre les langues de Ruedi baur