« Pendant trop longtemps, dans les livres pour enfants, Martine était au zoo, à la montagne, à la mer, elle fêtait son anniversaire, sauvait un moineau… Martine n’avait ni tonton sournois, ni voisin pervers. Martine n’allait jamais voir le/la juge des affaires familiales ou les gendarmes. Tintin, lui partait au Congo, au Tibet, sur la Lune. Il allait loin mais jamais trop en fin de compte. Hergé évitait certains sentiers, certains sujets. Astérix et Obélix dérouillaient du Romain en veux-tu en voilà. C’était bien, on aimait ça ! Mais ces Romains-là n’étaient pas si méchants. On ne voyait aucun petit bonhomme violé, violenté, maltraité, à Petibonum. Chapi-Chapo à eux, et bonne nuit, les petits.
Mais aujourd’hui, on ne peut plus faire traîner. On ne peut plus laisser une minute passer sans s’assurer que chaque enfant a compris ce qu’il est et ce qu’il n’est pas. Nous devons apprendre aux enfants qu’ils sont des sujets et non des objets. Nous devons les encourager à utiliser leurs voix, raconter, questionner, se plaindre, refuser. Hurler de toutes leurs forces. Se signaler, s’imposer, se faire entendre, devenir impossible à ignorer. J’ai choisi des mots simples pour que tout le monde comprenne, les enfants et les adultes qui liront ces livres avec eux. J’ai choisi des mots simples parce que les choses sont simples : un enfant est une personne, un enfant a des droits, un enfant n’appartient à personne d’autre qu’à lui. J’aurais aimé le savoir, enfant. J’aurais aimé le lire, même dans un livre sans banquet, sans sangliers et sans barde muselé à la fin. »
Clémence Sauvage est une jeune illustratrice et autrice de BD, passée par l’école Estienne, et diplômée de l’École européenne supérieure de l’image. Elle a reçu en 2020 le prix « Jeune talent » décerné par le Festival international de la bande dessinée d’Angoulême. L’imagination, la poésie et l’humour sont toujours au rendez-vous de ses illustrations.


