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Actualités

Bernard Minier

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bernard-minier©Bruno Levy

Bernard Minier nous fait l’immense honneur de parrainer la 40e édition de la Fête du Livre et présente son dernier roman Ruptures, paru aux éditions XO, une nouvelle enquête de Lucia Guerrero.

Une plongée glaçante dans la toute-puissance des nouveaux maîtres du monde.
Bernard Minier est l’un des auteurs de thrillers les plus lus en Europe. Pour le Sunday Times, son premier roman, Glacé, fait partie des 100 meilleurs polars et thrillers publiés depuis 1945. Ruptures, sa nouveauté, est son 14e roman.

Bernard Minier a vendu à ce jour 7,1 millions d’exemplaires en France et 1,6 million d’exemplaires à l’étranger. Traduit
en 28 langues, il est devenu, selon El País (Espagne), « le roi du thriller », et, pour Il Fatto Quotidiano (Italie), « le plus grand auteur de polar européen ».

 

« Mes livres reflètent mes préoccupations »

Auteur de polars thrillers vendus à plusieurs millions d’exemplaires, Bernard Minier, parrain de la 40è Fête du livre, explore dans chacun de ses romans les maux de notre société. Dernier opus en date, Ruptures explore l’univers glaçant des nouvelles technologies. Dont l’essor lui fait craindre le pire.

Vous êtes le parrain de la 40è Fête du Livre de Saint-Étienne. Comment avez-vous reçu cette proposition et quel est votre rapport aux fêtes et salons du livre ?
C’est la quatrième ou cinquième fois que j’assure la présidence d’un salon ou d’une fête du livre. C’est une expérience très différente de celle d’un auteur qui se déplace simplement pour rencontrer ses lecteurs et dédicacer ses ouvrages. Être parrain ou président d’une manifestation littéraire est à la fois un honneur et une responsabilité. On ne représente plus seulement son œuvre ou son parcours personnel. On représente les auteurs, mais aussi tout l’univers du livre : l’édition, les libraires, la littérature. Dans le contexte actuel, cette responsabilité me semble encore plus forte.
Nous traversons une période difficile pour le monde du livre. Le recul de la lecture est préoccupant : on assiste à un fléchissement, voire à un effondrement. Il est donc essentiel de rappeler ce que la lecture apporte : elle développe l’attention, la mémoire, le langage, le sens de la nuance. À l’heure où les écrans sollicitent sans cesse notre attention, lire demeure une expérience irremplaçable. C’est donc tout l’intérêt des fêtes du livre. Elles remettent le livre au centre de l’actualité, au cœur de la vie des territoires.

Vous venez de sortir Ruptures, une plongée à la fois fascinante et glaçante dans le milieu des (nouvelles) technologies. Ce sujet n’est pas nouveau chez vous. Il vous passionne, vous obsède, vous effraie ?
Les trois à la fois. J’ai, en effet, déjà exploré ces thèmes dans M, le bord de l’abîme ou Une putain d’histoire. Dans le premier, il y avait notamment un chatbot qui, avec le recul, préfigurait assez bien certains usages actuels de l’intelligence artificielle. Donc, oui, ça me préoccupe car tout cela va finir, si ça continue, par nous enlever notre gagne-pain à tous.
Les géants de la technologie acquièrent aujourd’hui un pouvoir considérable. À travers leurs outils, ils influencent directement nos vies et se placent même au-dessus des États et des législations. Ils sont en train de décider du destin de l’humanité sans nous demander notre avis. Car nous sommes devenus extrêmement dépendants de ces technologies sans l’avoir réellement choisi.
L’essor de l’intelligence artificielle soulève également de nombreuses questions. Quels métiers ne seront pas concernés demain ? Jusqu’aux métiers manuels, quand on voit l’avènement des robots ? Quels équilibres sociaux et démocratiques seront remis en cause ? Je n’ai pas les réponses, mais ces interrogations me semblent suffisamment importantes pour nourrir plusieurs romans.

Diriez-vous qu’en plus de divertir, d’évader, vos polars font œuvre d’alerte, a minima d’information ?
J’aime apprendre. Et lorsque je découvre un sujet passionnant, j’ai envie de le partager, à travers le medium que je maîtrise : mes romans. Pour autant, je ne me considère pas comme un lanceur d’alerte. Je ne cherche pas à donner des leçons ou à imposer une vision du monde. Mon rôle est d’abord de raconter une histoire. Je me méfie des romans qui deviennent des démonstrations militantes. En revanche, il est vrai que mes livres reflètent mes préoccupations et mes questionnements. Dans Ruptures, je décris un écosystème, celui des géants de la technologie et de leur influence grandissante. Je montre une réalité telle que je la perçois après m’être documenté. Ensuite, chacun est libre de se faire sa propre opinion.

Comment est né ce personnage de Lucia, qui nous accompagne chez vous depuis désormais trois romans ? Et pourquoi l’Espagne ?
Après neuf romans avec Martin Servaz (Ndlr, le personnage héros de ses romans), j’avais envie de nouveauté. Cela me fait penser à Simenon qui, dès 1936, disait à son éditeur qu’il se lassait de Maigret. Et en 1972, sa dernière fiction est… un Maigret ! Bref, Lucia est née de ce besoin de renouvellement. J’ai volontairement créé un personnage très différent : une femme, plus jeune, plus dans l’action que dans l’introspection, appartenant à une autre génération. L’Espagne s’est imposée naturellement. Ma mère y est née et j’y possède des attaches familiales. C’est le pays que je connais le mieux après la France et je me refuserais toujours à camper une histoire dans un endroit que je ne connais pas. Et je trouve intéressant d’utiliser l’Espagne comme un miroir de la société française. Les deux pays sont confrontés à des problématiques proches, ont quasiment les mêmes maux, mais y répondent parfois de façon différente.

Sans dévoiler vos secrets d’écriture, comment vous documentez-vous pour écrire un opus comme Ruptures. Des lectures ? Des voyages (je pense à Seattle, notamment, pour Ruptures, à la Galice pour Les effacées).
Je me documente énormément sur le terrain. Internet est utile, mais il ne remplace pas le contact direct avec les lieux et les personnes. Quand je situe une intrigue quelque part, j’essaie d’y aller. Quand j’ai cinq pages sur un train de nuit entre Oslo et Bergen, et bien je vais à Oslo, et je prend le train pour Bergen ! Pour Les Effacées, je me suis rendu en Galice et j’ai rencontré des habitants. J’ai découvert sur place des traditions et des croyances dont, même des locaux, n’avaient jamais entendu parler auparavant. Je fonctionne de la même manière partout. Même lorsqu’il ne s’agit que de quelques pages dans un roman, j’aime voir les lieux de mes propres yeux. Cela nourrit l’écriture et apporte des détails qu’aucune recherche à distance ne permettrait de trouver.

On connaît l’écrivain. Mais quel lecteur êtes-vous ? Des écrivains de prédilection ? Quels sont vos goûts littéraires ?
Je lis beaucoup, mais je relis encore davantage. J’aime la phrase de Jorge Luis Borges selon laquelle il est plus important de relire que d’avoir lu. Je lis de tout. Il se lève et parcourt sa bibliothèque. Ici, vous avez la littérature russe. Là, c’est la philo ; là, la littérature américaine. Et là, mes Stephen King et la science-fiction. Et dessous, vous avez les BD. Parmi les auteurs que je relis régulièrement figurent Balzac, Thomas Mann, John le Carré, Michel Tournier, Simenon, Je lis et relis, aussi, beaucoup de poésie, dont j’arrive parfois à glisser une image dans un roman.

Un coup de cœur à partager ?
Sans hésitation, Occidents, Enquête sur… de Frédéric Martel. C’est un essai remarquablement documenté. L’auteur a rencontré les éminences grises de nombreuses personnalités politiques et intellectuelles à travers le monde, de la Russie à la Chine en passant par le Moyen-Orient et les États-Unis. Et il décrit la vision que ces pays-là ont de l’Occident. Une vision erronée, et une construction négative, bien évidemment. J’ai été impressionné par la quantité d’informations réunies dans cet essai. À lire, selon moi, impérativement avant 2027, et les élections présidentielles, qui pourraient être troublées par des fake news (fausses nouvelles, ndlr) venues de ces ennemis de l’Occident. Et puis je citerais  Les bonnes nouvelles de l’Amérique latine (Éd. Gallimard, Ndlr), que je relis actuellement.

Avez-vous, parmi les auteurs de polars, un ou une modèle ? Celui ou celle qui vous a donné envie de marcher sur ses traces.
Si je devais citer un auteur déterminant, ce serait Henning Mankell. En découvrant son commissaire Kurt Wallander, j’ai compris que, dans un roman, la vie du personnage pouvait être aussi importante que l’enquête elle-même. Que l’intérêt d’un roman policier ne réside pas seulement dans la résolution d’un crime, mais aussi dans la nuance et la profondeur humaine des personnages. Et puis chez Mankell, j’ai trouvé une critique sociale, celle du fameux miracle de la société suédoise.

Quand on est dans une situation comme vous, qui avez connu un large succès et avez vendu plusieurs millions de livres, ne subit-on pas la pression du prochain livre, la pression d’un public qui vous attend, d’un éditeur qui veut un best-seller, ou même de vous-mêmes, à vous renouveler, faire encore et toujours mieux ?
Je ressens surtout la pression de me renouveler. J’essaie de ne jamais écrire deux fois le même livre. Chacun de mes romans explore un univers différent. Je ne cherche pas à écrire ce que les lecteurs attendent de moi. Si tel avait été le cas, je n’aurais jamais écrit Ruptures, qui s’éloigne sensiblement de mes habitudes. Le moment le plus difficile se situe entre deux livres, lorsque l’on cherche la prochaine histoire. C’est une période un peu vertigineuse durant laquelle, on se demande : « mais que vais-je bien pouvoir raconter ? ». Car je ne suis pas comme Michel Bussi qui a, dans ses tiroirs, 50 histoires à raconter. Cependant, une fois que le projet est construit, avec la documentation et le synopsis qui vont avec, alors l’écriture n’est plus que du bonheur.

N’éprouvez-vous pas une certaine lassitude dans l’exercice du polar ? Et des envies d’ailleurs ?
Oui, bien sûr. Mais encore faut-il trouver un créneau. Plus les années passent, plus je l’envisage. J’ai déjà commencé à le faire avec mon recueil Les Chats et 14 histoires mystérieuses diaboliques cruelles, qui rassemble, en plus de quelques histoires policières, des textes relevant du fantastique, de la science-fiction ou encore de ce que l’on appelle communément la littérature dite « blanche », qui n’appartient à aucun genre. Reste à trouver le temps nécessaire pour mener ces projets à bien.