La romancière Anne Plantagenet a suivi en octobre 2025 le procès de Cédric Jubillar. Pour observer, écouter, comprendre. De ces quelques semaines en immersion, elle construit un livre dont la justesse et l’éthique impressionnent autant qu’elles bouleversent.
Le 17 octobre 2025, Cédric Jubillar a été reconnu coupable du meurtre de sa femme Delphine Aussaguel et condamné à trente ans de réclusion criminelle à l’issue d’un procès de quatre semaines à la cour d’assises d’Albi. Il a fait appel de ce jugement. Il a toujours nié les faits et le corps de Delphine, disparue depuis le 16 décembre 2020, n’a pas été retrouvé. Anne Plantagenet a assisté dans son intégralité à ce procès en l’absence de corps. Une absence, un effacement, un anéantissement, point de départ de son récit. Pendant quatre semaines, elle a consigné tout ce qu’elle voyait, entendait et ressentait dans la salle d’audience. Tout ce qui l’a traversée, de sentiments intenses et souvent contradictoires. Désarroi, colère, chagrin, incompréhension, consternation, étonnement, agacement, admiration, empathie, pitié, effroi. Elle a été bouleversée, choquée, indignée, épouvantée. Retranchée dans cette bulle dévorante qu’est une salle d’audience, elle a aussi disparu de sa propre vie – au point de se demander ce qu’elle fuyait alors dans ce drame. Et si ce procès était aussi un rendez-vous avec elle-même. Avec ce livre, Anne Plantagenet nous offre un texte important sur la violence qui s’abat continuellement sur les femmes, et les enfants. Elle fait plier par l’écriture le réel, dévide le langage dans toute sa complexité et sa brutalité.
Anne Plantagenet est l’autrice d’une dizaine d’ouvrages dont Trois jours à Oran, Marilyn Monroe, Nation Pigalle, Appelez-moi Lorca Horowitz. Son dernier livre paru en avril 2024, Disparition inquiétante d’une femme de 56 ans (Seuil, Points 2025) a marqué un tournant dans son oeuvre. Elle est également traductrice de l’espagnol, notamment des livres de Mariana Enriquez


